Bernard Palissy (1510 -1590)

Les forêts, l'agriculture, les fossiles

Portrait de Bernard PalissyStatue de Bernard Palissy

Dessin ci-contre, de E. Morin, paru dans : FIGUIER Louis, Vies des savants illustres, les savants de la Renaissance, Paris : Hachette, 1875 p.157.

Principal ouvrage : Recepte véritable, La Rochelle, 1563
Manière de communiquer :
"J'aime mieux dire la vérité en mon langage rustique, que mensonge en un langage rhétorique." (Préface)

L'arbre:
"Je ne trouveray pas mauvais qu'ils coupassent les forests, pourveu qu'ils en plantassent." (chap. "Des confrontations").

Agriculture :
"La marne est un fumier naturel et divin, ennemi de toutes les plantes qui viennent d'elles-mesmes et génératives de toutes les semences qui ont été mises par les laboureurs.
Si tu veux donc trouver de la marne je te conseilleray retenir l'exemple d'un bon père de famille normand (...) lequel habitant à une paroisse de Normandie (...) il advint que ce bon père de famille (...) s'avança quelque jour de prendre de la terre blanche qu'il trouva dans une fosse et la porta en quelque endroit d'un champ qu'il avoit semé et marqua l'endroit où il avoit mis la dite terre et, quand les semences furent accreues, trouva que le bled estoit espoix, verd et gaillard, plus qu'en nulle autre partie du champ."

Fossiles :
"Une fois je me pourmenois le long des rochers de cette ville de Xaintes, et en contemplant les natures, j'apperceu en un rocher certaines pierres, qui estoyent faites en façon d'une corne de mouton, non pas si longues, ny si courbées, mais communément estoient arcquées et avoient environ demi-pied de long. Je fus l'espace de plusieurs années devant que je cogneusse qui pouvoit estre la cause que ces pierres estoient formées de telle sorte : mais il advint un jour qu'un nommé Pierre Guoy, Bourgeois et Eschevin de cette ville de Xaintes, trouva en sa mestairie une desdites pierres qui estoit ouverte par la moitié et avoit certaines dentelures ... et parce que ledit Guoy sçavoit que j'estois curieux de telles choses, il me fit le présent de ladite pierre, dont je fus grandement rejouy, et dèslors je cogneu que ladite pierre avoit esté d'autres fois une coquille de poisson duquel nous n'en voyons plus. Et faut estimer et croire que ce genre de poisson a d'autre fois fréquenté à la mer de Xaintonge ; car il se trouve grand nombre desdites pierres, mais le genre du poisson s'est perdu à cause qu'on l'a pesché trop souvent, comme aussi le genre des saumons se commence à perdre en plusieurs contrées des bras de mer, parce que sans cesse on cerche à le prendre à cause de sa bonté."

"Comment (les) ignorants affirment que la nature ou le ciel ont créé (les fossiles) par des influences célestes ; comme si l'on n'y trouvait pas les coquilles qui se sont accrues par la longueur du temps, comme si dans l'écorce des coquilles et des colimaçons on ne pouvait pas compter les années ou les mois de leur vie... Nous ne voyons en eux aucun instrument capable de creuser la terre ou les pierres où on les trouve maintenant reclus.... Pourquoi trouve-t-on tant de fragments de coquilles entre deux couches de pierres, sinon parce que ces coquilles déjà déposées sur la plage y furent recouvertes d'une terre rejetée par la mer, laquelle terre est venue ensuite à se pétrifier ?"

DE LAUNAY Louis, La science géologique, ses méthodes, ses résultats, ses problèmes, son histoire, Paris : Armand Colin, 1922, p.54. "Palissy était particulièrement bien placé pour aller plus loin et l'on aurait quelques raisons de le considérer comme le plus ancien en date de nos paléontologues ; car il a reconnu l'identité précise de toute une série de formes fossiles avec des formes actuelles (oursins, pétoncles, huîtres, moules, couteaux, écrevisses etc.) et il a même poussé la rigueur jusqu'à distinguer les formes lacustres ou fluviatiles des formes marines ; il vivait en effet, en Saintonge, où des bancs entiers de ccquillages apparaissent dans les terrains crétacés et tertiaires ; ses courses, ses arpentages l'amenaient sans cesse, à parcourir le littoral... Comment, revenant d'une excursion à Oléron, où il avait été précisément pêcher des oursins, n'aurait-il pas reconnu des oursins semblables dans les soi-disant pierres taillées, que lui présentait un ami."