Carl Linné

Manières de voir les insectes - finalisme et créationnisme

Portrait Linné

Linné (C) / Gedner (C.), (1752), A quoi cela sert-il ? in Equilibre de la nature, Paris, Vrin, 1972.

p.163 : “Nous réservons aux animaux plus gros la gloire qui leur est due. Mais il y a des gens qui croient que les plus petits insectes ont été créés en vain, ou plutôt pour la souffrance des hommes que pour leur utilité. Ils nous gênent, soit ! Mais doit-on négliger pour cela toute dépense à leur sujet comme inutile ? Pas du tout ; mais nous devons plutôt imaginer des moyens suffisants pour les chasser, afin qu’ils ne nous détruisent pas complètement ainsi que les choses qui nous sont nécessaires. Nous ne pouvons pas atteindre ce but sans connaître leur nature ; mais celle-ci connue, nous pouvons plus facilement imaginer des remèdes contre eux. L’utilité des insectes a été suffisamment exposée par Charles de Geer, Chambellan du Roi, dans un discours qu’il a prononcé à l’Académie des Sciences de Stockholm. Un autre de mes collègues s’est chargé de nous démontrer quel grand tort les insectes causent ordinairement.(...) Ainsi n’est-il pas tellement nécessaire que j’expose aussi leur tort qui est presque incroyable. Je veux seulement mentionner en trois mots que nous ne pourrons jamais les combattre suffisamment si nous nous servons pas d’eux-mêmes comme moyens. Comme en effet nous nous servons des chiens et d’autres bêtes pour vaincre les cerfs, les sangliers, les lièvres et d’autres animaux qui causent du tort à nos champs et à nos prés (...) ; de même nous devrions nous servir des insectes les plus féroces pour détruire le reste des bestioles.
Même si nous ne voulons pas être attentifs aux choses créées pour un autre motif, nous devons l’être tout à fait pour la Gloire du Souverain Créateur ; puisque dans chaque plante, dans chaque insecte, nous allons observer quelque habileté particulière (...). Et après les avoir comparées entre elles, nous trouvons que cela n’a pas été fait par hasard, mais pour une fin précise, qui sert soit à la propagation de la plante ou de l’animal, soit à sa conservation, soit en fonction de ceux qui leur sont liés (...) ; de sorte que rien de ce qui a été créé, ne peut être détruit.
Enfin à partir de la contemplation des choses créées, nous serons aussi amenés à voir que tout le créé est utile à nos besoins, quoique pas toujours immédiatement, mais souvent par un deuxième et un troisième intermédiaires. De sorte que ce qui nous paraît tout à fait nuisible souvent nous est le plus utile.(...) Certains végétaux préparent la terre, d’autres la recouvrent, d’autres encore l’habillent d’un tapis verdoyant et très beau, qui dure toute l’année, d’autres constituent des bois dans lesquels nous trouvons de la fraîcheur, d’autres ornent notre globe de leurs fleurs les plus délicates, qui répandent le plus suave parfum. Enfin toutes ces choses manifestent assez et plus qu’il n’en faut l’omniscience du Très Sage Créateur, qui n’a rien créé en vain (...).
Toi qui me demandes avec un rire moqueur à quoi sert une pierre, une plante, un animal, je te demande instamment de réveiller ton esprit (...).
Mon lecteur ! tu vois et tu dois me concéder (...) que toutes choses ont été créées à l’usage de l’homme.”

"Deus creavit, Linnaeus disposuit"