toponymes - houx - Orne

Le Houx houspille dans la houssaie

Le houx est toxique

Les lieux-dits "Houssayes" sont situés sur des terrains non calcaires. Ci-contre, répartition des toponymes "Houssaye" dans département de l'Orne, confirmant la répulsion du houx pour les sols calcaires.
Voici quelques lignes pour houspiller tous ceux qui arrachent inconsidérément les houx ou qui attrapent les oiseaux à la glu, et qui feraient mieux de faire des houssines pour fouailler leurs tapis. (explication de ce vocabulaire obsolète dans le texte). Texte paru dans Orne-Info en mars 1989, © Bernard langellier

Houspiller c'est fouetter : Le houx est une plante à fleurs très ancienne, puisqu'elle a été retrouvée à l'état fossile à la fin de l'Ère Secondaire (Crétacé, 100 millions d'années). Depuis ce temps-là, il a subi de nombreux changements climatiques. Actuellement, des proches parents vivent dans les pays tropicaux. Ceci expliquerait l'aspect coriace de ses feuilles, correspondant théoriquement à une adaptation à la sécheresse ! Du côté de Moulins-la-Marche, dans les brouillards du Pays d'Ouche, les "Houssaies" abondent au voisinage des "Foutelaies" et des "Sapinières". La coexistence du houx, du hêtre et du sapin sur les hauteurs de notre département ne surprend pas les botanistes qui savent que leurs exigences écologiqes sont à peu près les mêmes. Ils aiment cet idéal climatique qu'est l'humidité atmosphérique !. De plus, le houx apprécie l'ombre du hêtre. Ce sont les Laurel et Hardy de la forêt et du bocage normand. Ainsi ce n'est pas un hasard si le plus vieux hêtre normand est le "Hêtre de la Houssaye" en forêt de Brotonne. Autrefois on fabriquait des fouets aussi bien avec du houx qu'avec du hêtre. D'ailleurs le "fouet" est à l'origine une petite branche de hêtre, encore appelé "fou" en vieux français. Aujourd'hui on fabrique les fouets essentiellement avec du houx. Frapper avec une branche de houx, c'est "houspiller".

houx

Les trésors d'Hollywood : Le houx a été souvent utilisé dans le passé pour son bois. Sa couleur et sa dureté le feraient prendre pour de l'ivoire et même pour de l'ébène, puisqu'il prend bien la teinture noire. Avec les petites branches ont fabriquait des "houssoirs, c'est-à-dire des balais de branchages imbriqués, autrement dit des "têtes de nègre". On fabriquait aussi des "houssines", c'est-à-dire des sortes de fouets pour battre les tapis. Mais on peut faire aussi avec cette matière éburnéenne toutes sortes d'objets d'art (en bois sculpé) ou utilitaires (en bois tourné). Avec l'écorce profonde (liber) on a fabriqué de la glu pour attraper les oiseaux. En médecine les racines ont été utilisées comme diurétiques et les fruits contre les rhumatismes, l'arthrite, les brochites et les rhumes, mais trop toxiques, elles ne sont plus guère utilisées aujourd'hui. Si les merles peuvent en manger sans dommage, une vingtaine de ces fruits, malgré leur saveur agréable, suffisent à faire mourir un enfant. Cependant, en fermentant, leur jus perd son "ilixanthine" toxique, incitant les alsaciens à mettre sur le marché 500 litres d'un alcool aussi coûteux que rare.

La toponymie et le vieux français attestent de l'importance du houx dans l'économie rurale d'autrefois. Par la suite, les "Houssayes" ont fait place à des "Maisonneuves" et à des "Sam'suffit" !! Et les "houssines" sont maintenant en plastique. On a perdu la connaissance des bois précieux de nos haies (houx, buis...) qui ont été brûlés à l'occasion des remembrements de la fin du 20e siècle.