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Bibliographie, notes

1) HOUZARD Gérard, Les massifs forestiers de Basse-Normandie... essai de Biogéographie Thèse de Doctorat d'État, Université de caen, 1980, Vol.1, p.24.

2) ERMISSE Gérard, Le déboisement et le défrichement de la forêt de Brix (Manche), 1969, p.11.

3) BAZIE Pierre et GADANT Jean, La forêt française, Paris : La Documentation Française, 1991, p.11.

4) MOSCOVICI Serge, La société contre nature, Paris : Stock, 1990, p.20.

5) Déformation de silvaticus en salvaticus.

6) VÉRITÉ Marcelle, Animaux de la forêt, Paris : Gautier-Languereau, 1974, p.62.

7) Histoire d'une haie, Centurion Jeunesse...

8) Le jardin est, lui, l'espace "gardé" (garden en Anglais), c'est le moyen de protéger les plantes domestiques de la dent des animaux.

9) THOMAS Keith, Dans le jardin de la nature, Paris : Gallimard, 1983.

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10) LARRERE Raphaël et POUPARDIN Denis, La forêt ambiguë : figure de l'imaginaire, in Pour une Éducation à l'Environnement n°3, Paris : CNDP, 1988, p.56.

11) HARRISSON Robert, Forêts, Esai sur l'imaginaire occidental, Paris : Flammarion, 1992, p.158.

12) LOISEAU J., Les arbres et la forêt, livre 2, Paris : Vigot, 1947, p.8.

13) KEMPF Hervé, La baleine qui cache la forêt, Paris : La Découverte, 1994, p.46.

14) Batellier Jean-François, Sans retour ni consigne, Paris : Jean-François Batellier, 1981 : de la naissance des villes à celle des espaces verts
Biographie de J.-F. Batellier

15) Interview de Pierre MÉHAIGNERIE, Le Figaro, 1979 , reproduit dans DEYGOUT Jean, Histoire - Géographie CM Volume 1, Paris : Istra, 1981.

"La nature sauvage se réduira à un interminable alignement de jardinets proprets." Philippe Saint-Marc, Socialisation de la Nature, Stock, 1971, p.50.

Etymologie forestière

1. La forêt est étrangère à l'humanité, à la civilité :

Les linguistes attribuent l'origine du mot Forêt au latin Forestis de foris qui veut dire "hors de". La forêt, c'est donc ce qui est en dehors de l'humanité, c'est la "res nullius" romaine, ce qui n'appartient à personne.

Gérad Houzard dans sa thèse (1980) se demande : "Les bois actuels occupent-ils toujours les terroirs estimés répulsifs par les agriculteurs d'hier et d'aujourd'hui ?" (1). Pour Gérard Ermisse (1969), "la forêt de Brix (Manche) au cours des siècles s'est raccrochée aux endroits les plus escarpés, les plus arides ou au contraire les plus marécageux" (2). La forêt intéresse si peu que pendant "longtemps la surface boisée est estimée par simple différence entre la surface totale du territoire et celle de la partie cultivée" (3).

Cervidé La faune sauvage des forêts n'appartient à personne, mais les dégâts sont eux bien occasionnés à quelqu'un (État ou particulier). Les "riverains" de la forêt sont, par définition, les "rivaux" du "loup-res-nullius", pour la consommation du mouton. Pour diminuer les préjudices privés occasionnés par la res nullius, il faut réduire celle-ci. Serge Moscovici (1972) déplore cette réduction : "Le plein de la société correspond au creux de la nature, la percée et les dimensions positives de la première sont symétriques du recul et des dimensions négatives de la seconde." (4)

Le sauvage (salvaticus) est à l'origine sylvatique (silvaticus) (5). Le monde de la sylve est "sauvage". Le monde de la forêt est "farouche". Ce dernier mot est une transformation de "forastis" par inversion du a et du o. Cette étymologie permet de mieux comprendre le texte ci-après de Marcelle Vérité :

Les espèces dites sauvages ne sont pas forcément, comme le voudrait l'étymologie, des espèces de la forêt, mais plutôt des espèces de la nature, c'est-à-dire des espèces nées par elles-mêmes (natura-nativus). On peut y voir un indice de l'assimilation de la nature à la forêt. Autrement dit, que la forêt est considérée comme l'idéal de la nature.

Gravure forêt gauloiseCi-contre, image extraite de Lesbazeilles E., Les forêts, Paris : Hachette, 1884.
Le domaine (domus), biotope des animaux "domestiques" se protège de la forêt, biotope des animaux farouches (ou : de la sylve, biotope des animaux sauvages), par une haie plessée. Le plessis (7) est le moyen de confinement, de contention des animaux domestiques (8) . Cette frontière qu'est la haie plessée est régulièrement franchie par le berger. C'est la liberté surveillée de l'animal domestique qui bénéficie de la glandée et de la vaine pâture dans cette forêt déjà un peu humanisée par la proximité de la cité. La forêt lointaine resta longtemps une forêt qui manquait de civilité, un "no man's land", une forêt "déserte". Keith Thomas (1983) nous apprend que les Élisabéthains, quand "ils parlaient d'un désert, ils n'entendaient pas un espace nu, mais un bois épais, non cultivé, comme la forêt d'Ardenne de Shakespeare : un désert inaccessible sous les branches mélancoliques. Un dictionnaire poétique du milieu du XVIIème siècle propose comme épithètes convenant à une forêt : dreadful (affreuse), gloomy (lugubre), wild (sauvage), desert (déserte), uncouth (barbare), melancholy (mélancolique) et beast-haunted (hantée par les bêtes)." (9)

Les animaux sauvages sont souvent res nullius. Les champignons des forêts sauvages (s'il en existe encore !) sont res nullius, au même titre que le loup, sauf que l'un est consommé par l'homme, et que l'autre, selon la mythologie, le mangerait. Ils sont res nullius, en effet, ils peuvent être cueillis par tout le monde.

(NB : Attention, la forêt domaniale n'est pas la forêt sauvage, car elle appartient à l'état et la cueillette des champignons n'y est que tolérée par le propriétaire et ne peut faire l'objet de commerce.)

Ainsi donc, les champignons sont sauvages et étrangers à l'homme économique (hors commerce). Un produit banal : tout homme, même mis au ban de la société, peut toujours se nourrir de champignons, de baies sauvages. Le cueilleur de champignons européen se rapproche des "naturels" d'Indonésie, ils vivent de la nature, sans l'artifice de l'humanité, de la cité.

Mais, la raréfaction des animaux et des végétaux sauvages incite l'homme à transformer le sauvage en semi-sauvage. Une sorte d'intermédiaire entre ager et sylva , entre le domestique et le sauvage : ainsi en est-il des faisans et de tous les gibiers "relâchés". Ils présentent l'avantage de favoriser les prises par le prédateur humain, tout en lui donnant l'illusion d'être un homme de la nature, capturant ou tuant des animaux apparemment sauvages.

En toponymie normande, le Désert est une région boisée. Tout comme les zones désertiques et sub-désertiques d'Afrique du Nord à l'époque romaine, les forêts n'étaient pas cadastrées.

2. L'inversion topique :

C'est la deuxième information apportée par l'étymologie forestière. Elle a été développée par Robert Harrisson (1992). Elle peut permettre de mieux comprendre l'évolution des conceptions sur la forêt :

L'étymologie de "Banlieue" illustre bien cette idée : La forêt était le biotope des "bandits", c'est-à-dire de personnes mises au ban ; aujourd'hui le lieu de mise au ban est la banlieue ou le faubourg, étymologiquement for-bourg, c'est-à-dire bourg du dehors. Ainsi l'étymologie semble bien montrer cette inversion topique : l'insécurité est passée de la "for-êt" au "for-bourg".

Aujourd'hui, tout au moins en Europe, "la forêt est humanisée, l'homme lui a imposé une manière de vivre ; il a limité son domaine, surveillé sa croissance, gouverné sa santé. En perdant sa farouche sauvagerie, la forêt est devenue une amie" (12) .

Ces propos prennent plus de sens lorsqu'on est averti de 1) l'étymologie de forêt et de sylve ; 2) de l'idée d'inversion topique. Ainsi donc l'homme aurait créé les cités pour se prémunir de l'insécurité, de la liberté des forêts. Les faubourgs n'échappaient pas tout à fait aux lois farouches de la forêt toute proche. Puis, par les phénomènes conjoints de l'extension de la cité et de l'aménagement de la forêt, l'insécurité a changé de camp.

Jean-François Batellier illustre très bien cette inversion topique par l'un de ses dessins (14).

La forêt était "au-delà de la cité", elle devient peu à peu "une production de la cité". Le forestier y travaille et l'aménage ; elle devient fréquentable :

Bernard Langellier

Créé le 05-03-1998