Pourquoi le fumier fume

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Divertissement étymologique : Fumer, fumier, fumisterie

Fumer vient du latin et de l'Italien fumare, même sens. La cheminée fume (produit de la fumée) ; le fumeur fume une cigarette, un cigare ou la pipe ; le potage chaud fume (produit de la "vapeur"). Pour le scientifique, la fumée du langage courant est très ambigu. La fumée est un mélange de gaz (dioxyde et monoxyde de carbone...) et de très petites particules solides, le tout issu de la combustion. Au-dessus de la soupière très chaude que l'on met sur la table, il n'y a pas de fumée, et il n'y a pas de vapeur non plus ! En effet les gaz sont invisibles. Ce que l'on voit ce sont de fines gouttelettes d'eau formées par la condensation. Ce sont les écarts de température qui la provoquent. L'air froid a une moindre capacité à contenir de la vapeur d'eau. L'eau vapeur devient alors gouttelettes liquides.
Le fumier et fiente viennent du latin femus (fumier) et femarium (tas de fumier). C'est un mélange de paille et d'excréments, en cours de fermentation, ce qui provoque une production de chaleur. L'air humide et chaud au-dessus du tas de fumier se refroidit. D'où, la condensation de la vapeur d'eau sous formes de fines gouttelettes.
Fumier et fumer auraient la même origine étymologique. Cependant, ne confondons pas, le fumier ne produit pas de fumée mais de l'eau condensée. J'espère que mon explication ne vous paraît pas trop fumeuse. Avec des propos fumeux, on n'y voit pas mieux qu'à travers un brouillard ou encore un fumigène. L'enfumage est un procédé rhétorique, pratiqué par les fumistes qui permettent ainsi à leur auditoire de ne rien comprendre.
Les ignorants expliquent que la fumeterre permet de fumer (enrichir) la terre. Mais c'est de la fumisterie ; en effet, cette plante fréquente dans les jardins, est ainsi nommée parce que son jus fait pleurer comme le ferait la fumée (Olivier de Serres).
Je peux fumer la terre de mon jardin ou fumer une cigarette. Dans le premier cas je m'enrichis, dans le second mon argent part en fumée.
Maurice LELONG a écrit "La célébration du fumier" (1966), un livre rare aux éditions Robert Morel. L'auteur cite, p.25, l'Encyclopédie de Diderot : "C'est un mélange d'excréments du bétail avec la paille qui lui a servi de l litière. Ces matières étant foulées par les animaux, et macérés dans leur urine, sont dans un état de fermentation dont la chaleur se communique aux terres..."