Histoire des Légumineuses

Ajonc, Arachide, Cytise, Genêt, Haricot, Lotier, Lupin, Luzerne, Mélilot, Pois, Robinier, Sainfoin, Trèfle, Vesce.

Illustration extraite de J. Rothschild, Musée entomologique, les papillons, 1877.

Dissection fleur Fabacée Dissection de la fleur. (5S) +5P +1E+(9E)+1C. NB : Les parenthèses veulent dire que les pièces florales sont soudées entre elles.
Chez les papilionacées : "les parties sexuelles y sont abritées par une carène." (Bernardin-de-St-Pierre)

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"La famille des Légumineuses est une des plus importantes parmi les dicotylédones... C'est la famille végétale qui fournit le plus grand nombre d'espèces utiles à l'homme, qu'elles soient alimentaires, industrielles ou médicinales." écrivait, en 1905, Gaston Bonnier dans son Cours de botanique.

Des Légumineuses alimentaires, ne serait-ce pas des légumes ? Les dictionnaires étymologiques nous apprennent que "légume" est emprunté au latin "legumen" qui vient lui-même de "legere" = cueillir. Cueillir des graines, qu'elles soient petits pois, pois chiche, haricots ou fèves... pour les manger. D'ailleurs "faba" (= la fève en latin) et φαχη (Phaké = la lentille en grec) viennent du grec φαγο (Phago = manger).
La botanique fut une discipline de l'agriculture et de la médecine avant de devenir "Science", en ce sens où elle va se démarquer des préoccupations techniques. Aussi n'est-il pas surprenant que le terme de légumes, à connotation culinaire, soit antérieur à celui de Légumineuses.

A partir du début du XIXe S., on distingue dans la famille des légumineuses, 3 sous-familles : Papilionacées (fleurs irrégulières, ex : Haricot), Césalpiniées (ex : Arbre de Judée) et Mimosées.

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LES "LÉGUMES"

Pour Théophraste (IIIe S.av.J.C.) "les plantes à gousses comprennent, outre les annuelles, comme nos Légumineuses, et aussi bon nombre d'espèces sauvages, quelques arbres comme le Caroubier ... l'arbre de Judée et le cytise de Lipari..." (Historia plantarum ).
Théophraste se refuse donc à mettre le caroubier (pourtant plante à gousses) parmi les Légumineuses, probablement parce qu'il est trop grand. Nous le verrons plus tard, toutes les plantes citées ici par Théophraste font partie aujourd'hui de la (super-)famille des Légumineuses. Il faudra attendre le XVIIIe S. avec Adanson pour oser y mettre des arbres. Rendons cependant hommage à Théophraste pour avoir défini un ensemble des plantes à gousses incluant à la fois des annuelles et des arbres.
Pline l'ancien (Ier S. ap.J.C.) accorde, dans le livre XVIII de son Histoire Naturelle, une dizaine de chapitres aux Légumineuses, chapitre XXX et suivants. Il commence ainsi : "vient ensuite l'étude des Légumineuses (sequitur leguminum natura) parmi lesquelles la fève (Faba) occupe la place d'honneur... la première de toutes les Légumineuses (leguminum prima)".
Les plantes citées par Pline dans les chapitres consacrés aux Légumineuses sont dans l'ordre : la fève, la lentille, le pois, le pois chiche, la rave, le navet, le lupin, la vesce, l'ers, le fenugrec , le seigle...la luzerne. Ce sont des Légumineuses à l'exception de la rave, du navet et du seigle. Concernant les 2 premiers, la confusion (si confusion il y a eu ) peut s'expliquer par la ressemblance entre une gousse et une silique, pour le seigle, cela s'explique plus difficilement. Le Dictionnaire de la langue française du 16e siècle de Huguet met en synonymie gousse et silique. Daléchamps dans son Histoire générale des plantes (1615) écrit à propos du Fénugrec : "Columelle dit que les paisans l'appellent simplement siliqua, Varro silicula et Pline silicia." En fait, il faudra attendre Tournefort (1694) avec l'idée de placentation pour "scientifiquement" comprendre ce qu'est une gousse.
D'après Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française (IXe à XVe S.) les leunages (qui deviendront légumages au XVIe S.) comprennent "pois, fèves, vesches..." D'après Huguet, la première utilisation connue de l'adjectif "légumineux" daterait de 1570 par Mr de La Porte : Il qualifierait les gousses ("la fève cossue...légumineuse") ; ce que confirme le Dictionnaire de la langue française du commencement du XVIIe S. à nos jours par Hatzfeld : "Légumineux : dont le fruit est une gousse fournissant le plus souvent un légume (pois, fève, haricot)". Le dictionnaire françois de Richelet (1680) confirme la restriction du mot "légume" à notre famille actuelle des Légumineuses ou plus justement des Papilionacées : "Légume : mot général qui signifie toute sorte de fruit qui vient dans une cosse comme sont poids (sic), fèves, lentilles." Le Dictionnaire des sciences et des lettres de 1884 signale au contraire l'ambiguïté entre "légumes" et "légumineuses" : "Dans la langue ordinaire, on appelle légume toute plante potagère employée à titre d'aliment par ex. choux, carottes, navets...aussi bien que les plantes à gousses."
"En botanique ce mot est synonyme de gousse et ne s'applique proprement qu'aux fruits des plantes dites légumineuses: pois, fèves, lentilles, etc..."
A noter que le Dictionnaire de Trévoux (XVIIIe S.) appelle "légumes, les grains qui viennent dans les gousses" et non pas les gousses elles-mêmes. La langue française entretient ces confusions puisque "petit pois" désigne aussi bien la plante que la graine et que "haricot" désigne aussi bien la plante que le fruit.

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LES "LÉGUMINEUSES"

La botanique, en tant que "science de la médecine... par les plantes" se moque des affinités et classifications végétales. Ainsi Fuchs (XVIe S.) dans son Histoire des plantes disperse les Légumineuses dans tout le volume : ch.61 : vesce, ch. 79 : genêt, ch.102 : pois chiche, ch.117 : lupin, ch. 118 : ers, ch. 201 : mélilot, ch. 240 : pois, ch. 308 : fénugrec, ch. 309 : fève, ch.330 : lentille. Par contre, l'ouvrage de Dodoens (XVIe S.), traduit par De l'escluse sous le titre Histoire des plantes, regroupe toutes les Légumineuses, (page 321 et suivantes) : fèves, phaseolus, pois chiche, lupin, vesce, ers, medica, aphaca, lentille, Hedysarum, galega, gland de terre, trèfle, lotus, mélilot, lagopus. Visiblement Dodoens a une certaine idée des Légumineuses, même s'il n'en utilise pas le terme. Il faut cependant noter que, comme Théophraste, il en exclut les arbres à gousses.
La fin du XVIIe S. voit se construire le concept de famille végétale et s'affiner celui de Légumineuses : C'est depuis Pierre Magnol (1638-1715) que l'on peut parler de la "famille des Légumineuses" : "Plantae flore polypetalo papilionaceo, leguminosis affines"..."in familia papilionacearum unifoliae, trifoliae, quinquefoliae." Ces "quinquefoliae" de Magnol sont pour nous des Légumineuses à 3 folioles et 2 stipules (ex: Lotus). Tournefort (1694) nomme la famille: "classe X des herbes à fleurs irrégulières, composées de plusieurs feuilles et qu'on appelle ordinairement des fleurs légumineuses". Tournefort limite donc encore les Légumineuses aux "herbes"... peut-être par souci de clarté, comme le dit Sachs dans son Histoire de la Botanique (1892) : "Les efforts de botanistes, comme Morison et Ray, tendaient à mettre en lumière, au moyen d'un système, la parenté naturelle ; d'autres comme Tournefort et Magnol, désiraient avant toute chose rétablir la clarté et la netteté dans l'étude de la botanique. (...) Seulement la méthode qu'ils employaient laissait à désirer, sous le rapport de l'exactitude ; ils croyaient pouvoir établir l'existence de la parenté naturelle au moyen d'indices douteux dont la valeur systématique était fixée arbitrairement." Mais il subsiste toujours, fin XVIIe S. et début XVIIIe, cette assimilation des Légumineuses aux Papilionacées.

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LES "PAPILIONACEES"

Adanson (1763) dans Familles des plantes ne limite plus la famille des Légumineuses aux seules espèces herbacées annuelles : "On y voit des herbes annuelles et vivaces, des arbrisseaux et des arbres qui ont jusqu'à 70 piès de hauteur..."
L'obstacle de la différence dans le port et la taille est donc surmonté. Depuis Magnol, on utilisait indistinctement "Légumineuses" et "Papilionacées", considérant que les plantes à légumes, comprenez "à gousses", sont aussi des plantes à fleurs en forme de papillon. Cependant en 1763, Adanson fait remarquer qu' : "il y en a beaucoup qui n'ont pas leur fruit en légume et encore plus qui ont la corolle régulière..." Mais Adanson les maintient dans la famille des Légumineuses.
A partir du début du XIXe S., on distingue dans la famille des légumineuses, 3 sous-familles : Papilionacées (fleurs irrégulières), Césalpiniées et Mimosées : "C'est notamment à partir de 1814 que R. Brown proposa de faire un groupe spécial des mimosées" (H. Baillon, Histoire des plantes, 1869, tome II, p.50). Ces dernières, comprenant l'Acacia et la Sensitive, sont donc des Légumineuses à fleurs régulières. Légumineuses et Papilionacées ne sont plus synonymes. Baillon (1869) différencie les Papilionacées des 2 autres sous-familles par la préfloraison : "dans le bouton, la carène est recouverte par les ailes, qui, à leur tour sont enveloppées de l'étendard. Ce mode d'imbrication (descendante) a reçu le nom de préfloraison vexillaire" (H. des pl., p.199). Par contre chez les Césalpiniées, l'étendard est "recouvert sur ses 2 bords... par les 2 pétales latéraux" (p.72). Pour faciliter la représentation des pièces florales, dans l'espace, Baillon (H. des pl.,1867) et Eichler (Blüthendiagramme, 1874) utilisèrent le "diagramme" : "c'est-à-dire le plan (de la fleur), ou mieux encore la projection sur une surface horizontale de tous les organes qui la composent." (H. des pl. t.1 p.1).
Nous voici renseignés sur ce qui différencie les familles. Qu'est-ce qui les réunit ? Baillon, dans son Histoire des plantes (1867-1869), tome 2, p.21, définit les Légumineuses comme : "des plantes dont le fruit est presque constamment une gousse (legumen). Presque constamment aussi le gynécée est formé d'un seul carpelle excentrique, libre avec un ovaire uniloculaire, renfermant un placenta pariétal pluri- ou plus rarement pauci-ovulé."
Pour affiner nos concepts de "Légumineuses" et de "Papilionacées", il convient de dire un mot de la fameuse symbiose avec les bactéries du genre Rhizobium . "Depuis 2000 ans les agriculteurs répètent que les Légumineuses sont améliorantes, et que loin d'épuiser le sol, elles le rendent meilleur" écrit Certes dans son ouvrage Les nodosités et les microbes des Légumineuses (1901).
"Depuis 2000 ans que les agriculteurs répètent..." En effet Pline l'ancien, dans Histoire naturelle, chap. XXX, écrivait déjà : "Elle (la fève) fertilise le sol où on l'a semée et elle tient lieu de fumier. C'est pour cela qu'en Macédoine et en Thessalie, quand elle commence à fleurir, on retourne les champs."
L'enrichissement du sol en azote par certaines Papilionacées explique l'intérêt de l'association "Graminées - Légumineuses" (ou plus justement "Poacées - Fabacées") dans les cultures. Intérêt utilisé empiriquement par les agriculteurs, comme l'explique Bernardin de St-Pierre dans Harmonies de la nature (1815).

NodositésPour comprendre complètement la physiologie des Papilionacées, il a fallu le développement de la bactériologie : ainsi Woronin découvre en 1866 que les nodosités sont remplies de bactéries. En 1879, Anton de Bary parlera pour la première fois de symbiose. Cette symbiose "Rhizobium-légumineuse" serait-elle caractéristique de la totalité de l'ordre des Légumineuses ? La littérature et notamment les manuels scolaires sont plus ou moins prudents à ce sujet. Certains écrivent : "les Légumineuses...", D'autres : "la plupart". D'autres enfin évitent le problème en étudiant un exemple. B. Boullard dans son livre Vie intense et cachée du sol (Flammarion, 1967, p. 159), écrit : "Les études de symbiose bactérienne n'ont, à ce jour, porté que sur 1300 espèces environ parmi les 10 000 Papilionacées connues. Les nodosités s'y sont révélées constantes à quelque 166 exceptions près. La symbiose s'avère plus incertaine chez les Mimosoîdés dont 10% ne nodulent pas et elle devient rare chez les Césalpinioîdées où 65% des espèces ignorent la symbiose bactérienne(Allen et Baldwin, 1954)." Texte ancien (1913)

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LES "FABALES"

Aussi ne faut-il pas rechercher à définir de façon trop "totalitaire" les familles et les ordres, mais plutôt dire à la manière de Baillon : "presque constamment...". L'article "Légumineuses" de l'Encyclopaedia Universalis (vol.9, p.880 de l'éd. de 1980) en donne une définition où abondent les "la plupart", les "généralement" et termine en disant : "En pratique , reconnaître qu'une plante est une Légumineuse est toujours facile : même si l'un des caractères essentiels ou subsidiaires fait défaut, les autres caractères suffisent pleinement à l'identification."
Il convient, en effet d'éviter cette sorte de typologisme (pourtant bien commode) qui voudrait que toute espèce ait une place "attribuée" dans une famille et d'accepter l'idée de transition...l'idée d'évolution. Evolution qui irait dans le sens de la zygomorphie (caractère irrégulier de la fleur ou plutôt existence d'un plan de symétrie). Certains botanistes mettent les Légumineuses (ou Fabales), à côté des Rosales. D'autres mettent les Légumineuses dans "l'ordre des Rosales, dont elles représentent la famille la plus évoluée ; elles se situent dans le prolongement des Rosacées, auxquelles elles ressemblent, par la conformation du réceptacle, les graines exalbuminées et les feuilles stipulées, mais dont elles diffèrent par leurs caractères plus spécialisés, en particulier la zygomorphie des fleurs, la réduction du nombre des carpelles, la prédominance des feuilles composées et la présence de nodosités racinaires." (Mangenot Encyclopaedia Universalis, art. "Légumineuses").
Les termes de "Fabales" et "Fabacées" seraient plus conformes à la terminologie actuelle qui veut que les noms de famille soient construits avec un nom de genre pris comme type (Faba) suivi du suffixe -acées et les noms d'ordre avec le suffixe -ales.
Pour Bessey, les Rosales (comprenant pour lui les Légumineuses) auraient pour origine les Ranales ; Mais là aussi, attention à l'idée simpliste qui voudrait que toutes les Ranales et toutes les Rosacées soient régulières (actinomorphes) et toutes les Légumineuses irrégulières (zygomorphes): il existe des Renonculacées (les Aconits) et des Rosacées (les Chrysobalanées) irrégulières et des Légumineuses régulières (les Mimosacées).
En considérant l'arbre phylogénétique de Bessey, force est de constater que les dialypétales et gamopétales se trouvent dispersées dans les différentes lignées ou phylums, alors que l'ancienne conception les regroupait. La nouvelle conception les considère comme des paliers évolutifs d'une même lignée (cf arbre phylogénétique d'Emberger). L'apparence voudrait qu'on réunisse dans le même groupe les Légumineuses et les Malvacées par ex. parce que toutes ont des pétales séparés. Là encore nos sens nous trompent .
Pour des raisons de commodité, mais surtout parce que les lignées sont encore mal définies, les ouvrages d'enseignement (Ex: G. Deysson dans Cours de Botanique, 1967) continuent à présenter les Légumineuses comme des dicotylédones dialypétales caliciflores (lecture horizontale). On approcherait un peu mieux l'essence des Légumineuses en considérant qu'elles sont (seraient) issues d'un groupe de Rosacées, les chrysobalanées, qui aurait évolué dans le sens de la zygomorphie et de la réduction du nombre des carpelles. Ces chrysobalanées comme les Légumineuses ont un carpelle unique et sont zygomorphes. De Candolle, en 1825, dans ses Mémoires sur la famille des Légumineuses développait déjà cette idée de réduction des carpelles : "Tout le monde sait qu'en général les Légumineuses ont un ovaire unique surmonté d'un seul style. Cet ovaire se transforme en un fruit qui porte le nom de gousse (...). J'ai déjà fait observer ailleurs que cet ovaire unique des Légumineuses est le résultat d'un avortement, et je me suis fondé (...) sur ce qu'il n'est jamais complètement central, mais toujours plus ou moins excentrique (...). Il exsiste plusieurs Légumineuses dans lesquelles on trouve d'autres carpelles qui tendent à compléter le verticille et à prouver que lorsqu'il n'y en a qu'un, c'est que les autres ont avorté. Ainsi, j'ai trouvé fréquemment dans les Gleditsia l'ovaire formé de 2 carpelles..."
Il peut être intéressant de caractériser les Papilionacées et plus généralement les Légumineuses par des caractères biochimiques : "Les propriétés nutritives (des Papilionacées) s'expliquent par leur richesse en un principe azoté qui est la légumine." (Baillon, H.des pl. t.2, p.376).
Mais là aussi cette substance est-elle constante ? Emberger, en 1960, dans Traité de Botanique, utilise notamment la biochimie pour établir sa classification phylogénétique : "On peut penser que les 3 familles qui constituent (les Légumineuses) sont issues de Rosacées pluristaminées, pluricarpellées (...) et formeraient une lignée parallèle aux Chrysobalanacées... Les Rosales sont cousines des Polycarpiques (Ranales) et Pariétales dont elles ont conservé maints caractères très archaïques qui sont autant de souvenirs de cette lointaine parenté : citons la berbérine et la myrosine chez certaines Légumineuses, la présence d'hérosides cyanogènes chez les Polycarpiques et les Légumineuses..."

Bernard Langellier

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Textes anciens sur les légumineuses :

Bernardin de St-Pierre, Harmonies de la nature, Paris, Méquignon-Marvis,1815, tome 1. p.53 :

" (...) Le genre qui contraste le plus avec celui des graminées est celui des légumineuses. En considérant celui des graminées sous ses rapports principaux avec l'harmonie aérienne, à laquelle il paroît appartenir, nous lui en trouvons de positifs avec elle par ses feuilles en linéaires et rubans, qui échappent aux vents ; par ses fleurs peu apparentes (...), par ses tiges (...) fortifiées de noeuds, et élastiques, qui se redressent sans cesse, malgré les tempêtes (...). Le genre des légumineuses, au contraire, a des harmonies négatives avec les vents. Il rampe à terre, ou il s'accroche aux graminées elles-mêmes (...) Ses fleurs sont apparentes et papilionacées ; mais les parties sexuelles y sont abritées par une carène.
p.56 : "Si les prés se couvrent (pour les animaux domestiques) des graminées, les champs voisins produisent aussi pour eux des vesces, des luzernes, des sainfoins. Celles des prairies qui leur plait le plus, est celle qu'on nomme dragée, mélangée de pois et d'avoine ; que dis-je ! nos prés sont semés à la fois, par la nature, de graminées et de trèfles (...)."

Lettre de Jean-Jacques Rousseau à Mme Delessert, le 16 mai 1772.

"Les Papilionacées ou Légumineuses sont une des familles de plantes les plus nombreuses et les plus utiles : on y trouve les fèves, les genêts, les luzernes, les sainfoins, les lentilles, les vesces, les gesses, les haricots... Il y a des arbres, entre autres celui qu'on appelle vulgairement acacia et qui n'est pas le véritable acacia ; l'indigo et le réglisse en sont aussi."

Houllevigue Louis, La matière, sa vie et ses transformations, Colin, 1913, p.197 et suivantes, § Cycle de l'azote
Fonds ancien de la Bibliothèque Universitaire (IUFM) de Montfoulon - Alençon

"Un botaniste, M. Prillieux, avait constaté que les racines de la plupart des légumineuses portent des nodosités qui, examinées au microscope, apparaissent comme de véritables colonies microbiennes ; mais on avait alors la conviction que ce parasitisme ne pouvait qu'être nuisible, et la notion de bons microbes n'était guère entrée dans les esprits ; C'est alors que deux botanistes allemands, Hellriegel et Wilfarth, montrèrent que l'existence de ces nodosités était liée de très près à la prospérité de la plante... Il est établi aujourd'hui que les légumineuses constituent une association prospère, une symbiose, comme disent les biologistes, avec une bactérie... La faim d'azote est une des caractéristiques de la société moderne ; chaque jour voit s'accroître et se diversifier la consommation des produits ammoniacaux ou nitrés... l'agriculture... Or la fécondité des gisements chiliens n'est peut-être pas illimitée... Cette situation devait naturellement suggérer l'idée de capter dans l'atmosphère l'azote inutilisé... L'ingénieux travail des bactéries (du sol) est pour nous un encouragement... On pourrait songer à systématiser le travail de ces petits ouvriers qui ne font jamais grève..."

Nodosités et poils absorbants
Poils absorbants et nodosités bactériennes chez le lupin

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Bibliographie :

- Adanson (M.), Famille des plantes, Paris, 1763, p.306.
- Adanson (M.), Histoire de la botanique, Paris, Masson, 1864.
- BAILLON (H.), Histoire des plantes, Paris, Hachette, 1867.
- BONNIER (G.), Cours de botanique, Paris, Lib. de l'Enseignement, 1905, p.894.
- BOUILLET (M.N.), Dictionnaire des sciences, des lettres et des arts, art. "Légumineuses", Paris, Hachette, 1859.
- BOULLARD (B.), Vie intense et cachée du sol, Paris, Flammarion, 1967.
- BULLIARD (P.), Dictionnaire élémentaire de Botanique, Paris, Didot, 1783.
- CANDOLLE (A.P. de), Mémoire sur la famille des Léguminreuses, Paris, Belin,1825.
- CERTES (A.), Les nodosités et les microbes des Légumineuses, Lisieux, Morière, 1901.
- DALECHAMPS (J.), Histoire générale des plantes, Lyon, 1615.
- DODOENS (R.), Histoire des plantes, Anvers, 1557.
- EMBERGER (L.), Traité de Botanique, Paris, Masson, 1960.
- EICHLER (A.W.), Blüthendiagramme, Leipzig, Engelman, 1875.
- FAIVRE (E.), Oeuvres scientifiques de Goethe, Paris, Hachette, 1862.
- FAVRE-DUCHARTRE (M.), Art. "Angiospermes", in Encyclopaedia Universalis, Paris.
- FUSCH (L.), Histoire des plantes, Paris, 1549.
- GODEFROY (F.), (1891), Dictionnaire de l'ancienne Langue Française du 9e au 15e S., Paris, Slatkine, 1961.
- HATZFELD (A.) et DARMESTCHER (A), Dictionnaire général de la Langue Française du commencement du 17e S. à nos jours, Paris, Delagrave, 1964.
- HUGUET (E.), Dictionnaire de la Langue Française du 16e S., Paris, Didier, 1973.
- MAGNOL (P.), Prodromus Historiae generalis plantarum, Montpellier, 1689.
- MANGENOT (G.), "Légumineuses" et "Symbiose" in Encyclopaedia Universalis, Paris.
- PLINE L'ANCIEN, Histoire Naturelle, Paris, Belles Lettres, 1972, liv. XVIII, p. 97.
- RICHELET (P.), Dictionnaire François (1680), Genève, 1970.
- ST-HILAIRE (A.), Leçons de Botanique, Paris, Loss, 1840.
- ST-HILAIRE (A.), 2e Mémoire sur la famille des Polygalacées, Paris, Belin, s.d.
- ST-PIERRE (J.H. Bernardin de), (1784), Etudes de la nature, Paris, Hiard, 1836, T.1, p.49.
- ST-PIERRE (J.H. Bernardin de), Harmonies de la nature, Paris, Méquignon-Marvis, 1815, Tome 1, p.56.
- THEOPHRASTE, Recherches sur les plantes, Paris, Belles Lettres, T.1, 1988, p. 33.
- TOURNEFORT (J. PITTON de), Elémens de Botanique, Paris, Imprimerie Royale, 1694.
- VAN TIEGHEN (Ph.), Eléments de Botanique, Paris, Masson, 1886.

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Étymologie

Extrait de PATY Emmanuel, Phytonymie ou étymologie des noms formés du grec usités en botanique, 1830 :
Aphaca : α-φαχη = sans lentilles. Herbe qui ressemble à la lentille.
Arachis : αρα-χεω = J'enterre. Plante dont les gousses s'enterrent d'elles-mêmes.
Hedysarum : ηδυϛ-αρωμα = Doux parfum. Plante dont le fruit savoureux est très agréable au goût.
Lathyrus : λατειν = Se cacher. Ainsi appelée parce qu'elle tombe et se perd dès qu'elle est mûre.
Onobrychis : ονοϛ-βρυχω = Âne - braire ou manger. Plante qui fait braire les ânes.
Orobus : ορω-βουϛ = Échauffe ou fortifie les boeufs.
Phaca : φαχη = Lentille et φαγω = je mange.
Polygala : πολυϛ-γαλα = Beaucoup de lait (NLDR : Plante censée favoriser la lactation).
Scorpiurus : σχορπιοϛ-ουρα = Queue de scorpion.
Tetragonolobus : τετραγων = 4 angles et λοβοϛ = gousse.
Trigonella : τρειϛ-γωνια = Fleur en triangle.

Gousse - gousset - cosse - écosser - cossu : Gousse et cosse sont synomymes. Un homme cossu est quelqu'un qui a beaucoup de cosses chez lui. En conséquence de la vente de ses nombreuses gousses, son gousset se remplit. Lorsque l'on n'a plus de gousses dans sa réserve hivernale, c'est la fin des haricots. À Granville, lorsque l'on arrive sur la plage, on a le choix : À gauche, se trouve le Casino et ses jeux de hasard ; À droite, c'est la promenade dite du "Plat-Gousset". Quand on commence à gauche on finit souvent à droite !

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